Cette fois, Marianne est vraiment troublée et se demande sérieusement pourquoi personne ne vient à son secours, afin de la délivrer de ce qui lui semble être les signes précurseurs d’un enlèvement.
Balayant les lieux du regard, elle constate un fait biscornu : plus personne ne bouge, pas un son ne se fait entendre. C’est comme si, tout à coup, les grandes aiguilles dorées du temps demeuraient figées dans le néant. Voilà son cœur qui bat la chamade :
« Mais, je rêve ou quoi? » laisse-elle glisser entre ses dents.
La jeune femme se tourne vers l’étrange personnage qui lui tient toujours le bras mais avec délicatesse cette fois, desserrant l’étau formé par sa dominante main :
« Alors vous êtes vraiment un…ange, » questionne Marianne les yeux remplis de questions sans dénouement. Pour seule réplique, son interlocuteur lui adresse un grand sourire :
« Alors c’est ça » continue-t-elle sur une même lancée, « je suis morte et vous êtes là pour me guider dans l’au-delà? Vous êtes…vous êtes… »
« Non! Non! Ce n’est pas ta dernière heure, pas encore. Puis, enveloppant la main de Marianne dans la sienne, le divin gardien du temps l’invite à le suivre :
« Suis moi, nous avons un rendez-vous de la plus haute importance à respecter. Ce n’est qu’une question de minutes maintenant. »
Subjuguée, elle acquiesce, hésitante un peu, à la demande de ce drôle de héros. Après tout ce qu’elle vient de vivre, elle se dit qu’elle n’a plus rien à perdre, sinon la raison, si ce n’est déjà fait. Et puis, si c’est un rêve, elle espère se réveiller sous peu.
Sans mots dire, l’ange déposa sa main droite sur les yeux ébahis de Marianne. Un éclair à la fois très lumineux et merveilleusement exquis, illumine toute la place. Un peu de vertige et voilà Marianne qui perd tous ses repères. Au moment où elle ouvre les yeux à nouveau, elle sursaute, abasourdie :
« Mais, c’est mon auto! Vous m’avez ramenez à mon véhicule en marche. Et nous sommes…en arrêt devant un feu de circulation rouge! Tout ceci est complètement débile! »
Croyant à l’hypothèse d’un songe mal contrôlé, la dame se ressaisi et décide de jouer le jeu. Rien de fâcheux ne lui arrivera, puisqu’à son avis, tout ceci n’est pas réel!
Ayant pris place sur le siège avant du passager, Amiel regarde tout autour et calcule inlassablement les secondes qui coulent. Puis, se tournant vers Marianne, l’ange lui donne une dernière consigne :
« Au moment précis où je te l’indiquerai, il faudra que tu libères le volant et que tu me regardes droit dans les yeux. »
Tout ce que tu veux mon ange! Tes désirs sont des ordres, » poursuit Marianne d’un air moqueur, engourdie par une folie légère.
Le moteur du véhicule s’emballe mystérieusement et l’automobile file à grande vitesse sur l’artère principale étonnamment peu achalandée de la ville. Angoissée, Marianne appuie sur les freins mais rien n’y fait. Le véhicule poursuit sa course contre la montre ou contre la mort. Qui sait?
Amiel sourit à pleines dents. « Enfin, le voilà, » s’exclame-t-il, heureux
Le son strident d’une ambulance retentit brusquement. Vérifiant dans son rétroviseur, elle n’aperçoit aucune trace du véhicule prioritaire jusqu’à ce que ce dernier surgisse de nulle part et emprunte la même voie qu’elle mais en sens inverse. La collision frontale est inévitable. Elle appuie encore sur les freins mais sans résultat :
« Amiel, si tu es vraiment un ange, fait quelque chose, supplie la pauvre femme, en larmes.
« Maintenant! Maintenant, Marianne! Regardes-moi! Regardes-moi, » implore l’entité temporelle.
Délaissant le volant qui tourne en tous sens, Marianne tente de se protéger en plaçant ses deux bras devant son visage et attend, résignée, l’accomplissement de sont périlleux destin. A la toute dernière seconde, son regard terrorisé rencontre les yeux bleus d’Amiel qui l’entoure aussitôt de ses grands bras puissants, la protégeant, telle une forteresse.
Elle ressent le choc fatal, se sent paralysée par le bruit effroyable des tôles et du métal qui s’entrechoquent et se déchirent. Le sac protecteur explose au même instant où les éclats de verre envahissent l’habitacle de l’auto qui grince et se tord dans un tourbillon de poussières, de cris et d’émanations d’essence.
Quelques secondes encore s’écoulent avant que ne s’installent finalement un silence frigorifiant, et sa perte de conscience. Aux commissures de ses lèvres s’évanouit un seul mot : « Pour…Pourquoi? »
Un accident tel que celui là attire les badauds qui se rassemblent et commentent autour des carcasses de fer déchiquetées et parmi eux, se tient Amiel qui surveille la suite des évènements.
Chuchotant une réflexion personnelle au moment où les ambulanciers transportent rapidement le corps inconscient de Marianne vers le Centre hospitalier le plus près, il conclut cette affaire comme achevée :
« Tout est réalisé. Mission accomplie…