« Madame Joleen, êtes vous avec nous? »
Marianne gémit un peu et mâchonne une réplique imperceptible.
« Elle se réveille, » dit une infirmière. « Appelez Gil et dites-lui qu’elle est revenue dans le monde des vivants! »
Une délicieuse odeur de café eut raison de la somnolence de Marianne qui ouvrit sur le champ les yeux, en reconnaissant le parfum exquis de la caféine. Un regard à gauche lui dévoile un grand mur blanc.
Un long calendrier affichant les douze mois de l’année 2009 y est accroché, sur lequel est encerclé, en rouge, la date spécifique du sept décembre. Un autre coup d’œil à droite lui fait découvrir une fenêtre mi-ouverte, par laquelle se faufilent les rayons d’un soleil couchant rouge orangé.
Elle pense en elle-même qu’elle vient de faire un horrible cauchemar. Alors qu’elle tente d’analyser cette situation déconcertante, elle sursaute en voyant un homme appuyé dans l’encadrement de la porte :
« Bienvenue au Centre Hospitalier Éterna! » L’inconnu s’approche et lui tend la main, en se présentant :
« Mon nom est Gil Lovian et vous l’avez sûrement deviné, d’après mes vêtements, je suis brancardier. Et je suis aussi bénévole pour effectuer les accompagnements à la maison pour Alcool-Zéro! »
« Ah, c’est vous qui m’avez transportée jusqu’ici! Merci! » sourit-elle.
« En fait, pour être franc, j’étais au volant de l’ambulance qui a écrabouillé votre auto, » dit l’ambulancier, un peu gêné. Marianne est estomaquée :
« C’était vous? Alors tout ça est réel? Et pas la moindre petite égratignure! Ni sur vous et sur moi»
« C’est effectivement un miracle de constater que vous n’avez rien également! Y a un ange qui vous protège, sûrement! Mais voici, pour me faire pardonner cette maladresse, je vous offre un porte bonheur.
Je le garde sur moi depuis le jour où l’on m’a retrouvé devant cet hôpital, bien emmailloté dans un panier d’osier. Cette parure était à mon cou…un souvenir d’un parent éloigné, je suppose, ou bien de ma mère qui m’a abandonné et que je n’ai jamais connue.»
Gil sorti de la poche intérieure de sa veste une chaînette en or au bout de laquelle se balançait un ornement en verre dont la forme rappelle bizarrement le chiffre huit inversé.
« Prenez-le, il est à vous maintenant. J’en ai plus besoin car ma véritable chance, aujourd’hui, c’est que vous ayez survécu à cet accident que j’ai causé, absolument contre ma volonté. C’est curieux mais, j’ai l’impression de vous connaître! » insiste Gil en souriant.
« Je…Je ne sais pas! » hésite Marianne.
« Le travail m’appelle! Gardez ce bijou près de votre cœur, je suis certain qu’il vous portera bonheur! Qui sait, nous nous reverrons un jour, peut-être. »
Marianne éclate en sanglot en tenant fermement ce curieux ornement aux formes insolites :
« Mais pourquoi ai-je autant de chagrin tout à coup? » s’inquiète-t-elle en posant les deux mains sur son cœur.
« Moi, je connais la réponse! » propose une voix qui lui est familière. Devant le lit, se tient, droit comme un chêne, la divinité mystérieuse qui lui a fait expérimenter la pire journée de toute sa vie.
« Amiel ? Ah! Toi…toi…je…je…» balbutie-t-elle en le pointant orageusement du doigts.
Je comprends, l’heure est aux explications! » taquine l’ange sur un ton espiègle. « D’accord, tu as droit de savoir et comprendre. Donnes moi ta main et fermes les yeux »
Sans dire un mot, Marianne tend alors ses doigts en fermant les yeux. Amiel étrangle une envie folle de rire et, tenant la main offerte, lui transmet par la pensée des images d’une époque passée.
Des tableaux vivants et imagés, angoissent et inondent l’esprit de Marianne qui visualise la chute de Guillaume au pied d’une pente escarpée, l’assurant d’une mort certaine. Elle devient témoin du vol du Sceau Éternel et de son pouvoir, la mort de Lovian, sa rencontre avec Amiel et le plus terrifiant, l’accident qui a bouleversé sa vie.
Lorsque l’ange desserre l’étreinte de sa main, tout s’efface en un clin d’œil...
La finale de l'histoire dans Lovian Partie 5
Lise Anne